Forces de la nature

 » S’ils ont marché pour trouver l’débouché

S’ils ont traîné de village en village

Suis pas rendu plus loin qu’à mon lever

Mais devenu plus sage. »

Félix Leclerc

Je suis abasourdi par les forces de la nature. Abasourdi et émerveillé à la fois.

Souvent, quand la beauté violente des éléments me frappe à coup de paysages, d’ambiances et de moments, je m’arrête et deviens contemplatif.

C’est généralement dans cet état que je suis frappé par une grande révélation : je suis partie prenante de cette nature.

Je suis ses forces.

2015-08-21 Golden

En dix jours, je viens de parcourir mille kilomètres à travers de hautes chaînes de montagnes. Par la seule force de mes jambes, mon coeur, mes poumons et ma volonté.

Vélo vidi vici.

À présent, je suis plus grand de toutes ses montagnes qui m’ont offert défis et dépassement. Qui m’ont offert ruisseaux quand j’avais soif et refuge à la brunante. Qui m’ont offert leur solide beauté quand la maison et ses gens me semblaient loin.

Elles me rappelaient que j’étais à la maison. Que mes gens étaient toutes et tous avec moi dans cette aventure. Que lorsque l’effort devenait ardu, ils me poussaient à leur rencontre.

Je me rends compte maintenant que mes jambes peuvent me porter où bon me semble. Qu’il suffit d’un point sur une carte pour que le moteur se mette en branle et m’y mène.

Je suis la nature.

Je suis une force de la nature.

Je suis fort.

BC | Vancouver – Golden | 851 km parcourus

J’ai été plutôt silencieux depuis le début de mon aventure. Je profite de cette journée de repos – si tout va bien, ma dernière au BC – pour vous mettre à jour sur mes péripéties.

J’ai quitté Vancouver le 11 août tôt en matinée. Patrice, mon hôte Warmshowers – que je remercie infiniment pour son accueil chaleureux, son aide technique et ses conseils de route – m’a accompagné jusqu’à Lougheed Highway que j’ai emprunté pour sortir de la ville.

Les récits de voyage d’autres cyclistes que j’avais lus avant mon départ privilégiaient cette route à la Transcanadienne. Pour avoir emprunté cette dernière en bus lors de mon arrivée à VAN, je comprends pourquoi ! Je recommande à tous ceux qui prévoient un tel voyage de pédaler le long des champs et prés de la Lougheed plutôt que du traffic incessant de la TCH.

J’ai réussi à cumuler 113 km lors de ma première journée ce qui correspondait à l’un des objectifs que je m’étais fixés : 100 km par jour, 6 jours par semaine pour un total de 500 à 600 km par semaine, selon les conditions de route.

En arrivant à Agassiz, je me suis dirigé vers le Visitor Information Center – une bonne habitude à prendre pour recevoir d’excellents conseils sur les secrets locaux. Les dames m’ont référé vers un petit déli sur la rue principale où j’ai soupé d’un délicieux sandwich et d’une soupe du jour.

Les jours suivants ont été plus difficiles. À partir de Hope, où j’ai dîné au Subway, j’ai convergé sur la Crowsnest Highway pour traverser les parcs provinciaux du Sud.

Mes premières expériences avec les côtes des Rocheuses vont me marquer. Parce que je vais développer une tendinite au tendon d’Achille à force de tirer sur les pédales avec mes clips. Parce que je vais me ramasser avec une grosse ampoule au talon gauche quand je vais me tanner de pédaler et décider de pousser mon vélo en haut des côtes. Parce que je vais apprendre à vérifier mes pneus avant de changer une chambre à air quand je vais retrouver une petite partie oubliée d’une agrafe lors de mon troisième changement en 20 km.

Mais surtout parce que je vais apprendre à respecter le terrain que je traverse. Chaque côte que je montais me faisait découvrir des paysages époustouflants. Chaque côte menait à une belle descente où je pouvais atteindre des vitesses de 45 à 50 km/h sans pousser, laisser le vent sécher la sueur sur mon corps et rire comme un enfant !

Au jour 4, j’arrive à Princeton où je vais faire checker mon tendon à l’hôpital. Je reçois le diagnostique de la tendinite et la prescription d’un jour de repos.

Ça m’ennuie un peu parce que je viens de cumuler trois jours à moins de 70 km. Comme je ne participe pas à une course, que j’ai promis à plusieurs gens à la maison de prendre soin de moi et qu’il y a un festival de musique trad au village, je me trouve une petite chambre de motel pour deux nuits.

J’ai la chance d’être accueilli par Eugenia et Bruce au Villager Inn où je suis reçu comme un membre de la famille. Ils n’ont pas voulu me laisser partir le second matin sans un bon déjeuner, une tape dans l’dos et des œufs à la coque pour la route.

Les jours suivants, après avoir été mis au courant des feux de forêt qui me bloquent la route du Sud, je change mes plans et tourne mon guidon vers le Nord pour remonter la vallée de l’Okanagan. Bien reposé, je pédale de bonnes journées – même une à 133 km ! Le terrain plus désertique et plat de la vallée me permet aussi de plus longues journées.

Peu après Sicamous – où la préposée du Visitor Center me suggère les sandwichs et thé glacé maison du Blondies Café – je recommence à pédaler les montagnes.

J’en suis à ma deuxième semaine et comme l’avait prédit Jonas – un cyclotouriste Allemand d’expérience avec qui j’ai partagé une bière à Sunshine Valley – mon corps et mon esprit commencent à s’adapter aux côtes. « They’re part of the trip, man! »

Je vous écris maintenant de Golden, ma porte de sortie du BC, où je prends une journée de repos dû à la météo, aux conditions des routes que je sais moins sécuritaires jusqu’à Lake Louise et aux promesses que j’ai fait aux gens de la maison.

BC a été une bonne école pour commencer cette aventure ! J’ai rencontré des gens ouverts, souriants et généreux. Mes jambes se sont accoutumées à des conditions difficiles. J’ai la tête remplie de magnifiques montagnes.

Je peux maintenant attaquer les Prairies !

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Mais avant, une petite visite de Val la semaine prochaine : on visite Banff !

Après 76 heures de route en bus, de transferts et de sommeil léger, je suis finalement arrive à Vancouver !

Après 76 heures de route en bus, de transferts et de sommeil léger, je suis finalement arrive à Vancouver !

Un terrain de camping

Un terrain de camping « envahi » par les cyclotouristes ! Belle rencontre avec Jonas.

Les plaisirs du vélo matinal.

Les plaisirs du vélo matinal.

2015-08-14 Manning Park

Les plaisirs du vélo matinal.

Quand je pars en voyage, j’apporte dans ma valise…

MONTRÉAL, QC — 2015/07/18

À moins de 20 jours du début de l’aventure, deux éléments me poussent à la réflexion : le contenu de mon bagage et l’itinéraire à prendre.

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Je consacre donc mes derniers articles avant-départ à ces deux points. Comme l’expérience me l’a enseigné depuis que je prends ce projet au sérieux, rien de mieux que de vous parler de mon processus pour profiter de judicieux conseils.  Je vous invite à me partager tous commentaires que vous jugez pertinents.

Ce premier article s’attarde aux préoccupations et démarches qui ont mené à mon choix d’équipement. Une liste détaillée se trouve ci-dessous pour les curieux.

20150716_170950 (2)

Voici, en tas et dans le désordre, mon véhicule, mon garde-robe, ma cuisine et ma chambre à coucher pour les prochains temps

La question de l’équipement me tracasse depuis plusieurs mois. Dès janvier, quand j’ai pris le pari de faire ce voyage, j’ai cherché et lu toute la documentation en la matière sur les sites de boutiques spécialisées et les blogues de vélo. Merci, entre autres, à Bertrand Scaramal (Le braquet de la liberté) pour l’information mise disponible en ce qui a trait au voyage à vélo. Je vous recommande son guide gratuit « Devenez expert voyage à vélo en 1/2 heure ! ». Rien de mieux comme lecture pour réaliser que le cyclotourisme est à la portée de tous et pour se donner la confiance nécessaire au départ !

La préoccupation première en réfléchissant mon inventaire m’est venu de mon background en plein air. Elle pourrait se résumer philosophiquement comme ceci : dans la vie comme sur la route, « less is more ». Le cyclotouriste averti doit donc planifier son matériel pour assurer sa sécurité et un minimum de confort en choisissant un nombre limité d’items multiusage. Il faut aussi prendre le temps de bien connaître, dans la pratique, son équipement pour savoir comment l’utiliser/réparer/remplacer quand la magie du voyage te joue des tours !

Comme j’en suis à mon premier essai en longue durée, j’ai décidé de fonctionner de la façon suivante : 1) trouver un inventaire testé et éprouvé sur les sentiers à travers le monde et 2) composer le mien en concordance à partir de l’équipement que je possède déjà et 3) me procurer les essentiels manquant.

À travers mes recherches et mes lectures, j’ai découvert le super projet d’un couple de Québécois à vélo : Janick Lemieux et Pierre Bouchard (Nomades2) parcourent présentement les vieux continents pour aller à la rencontre des peuples nomades de notre planète tout en émulant le mode de vie avec leurs bécanes. Je ne pouvais trouver meilleure référence en la matière !

Je me suis fortement inspiré de la liste d’équipement des Nomades2 pour bâtir l’inventaire ci-dessous :

Monture (Jacquot)

(Merci à Claude et à toute l’équipe de Roc n Ride pour les conseils et astuces à travers mes différentes visites !)

  • cadre Kona Race Light 7005 Aluminum Butted 53 cm
  • fourche Kona Project Two Aluminum
  • selle WTB Power V
  • couvre-selle en gel
  • tige de selle Kona Thumb avec offset
  • pneus WTB Freedom Ryder TRX 700×32
  • chambres à air Axiom 700×28/32c
  • jantes avant et arrière Alex ATD470
  • moyeux Joytech
  • freins Tektro Lyra
  • leviers de vitesse Shimano Tiagra
  • dérailleurs avant et arrière Shimano Tiagra
  • cassette Shimano Tiagra 12-30t 10 vitesses
  • pédalier Shimano Tiagra 34-50t 10 vitesses
  • chaîne KMC X10
  • pédales Shimano PD-M520
  • cales Shimano SM-SH51
  • guidon Kona Wet Bar
  • poignées Kona Cork Tape
  • potence Kona XC/Road
  • jeu de direction FSA No.10
  • porte-bagages arrière Voyager Classic
  • sacoches arrière Via Moscow 60L (paire)
  • sac étanche Seal Line Black Canyon Dry Bag 40L
  • ordinateur CatEye Velo 7
  • cadenas OnGuard Doberman

Garde-Robe

  • manteau MEC Hydrofoil (merci à Val pour ce cadeau d’anniversaire !)
  • veste de polyester Descente
  • shorts WindRiver Nylon Hiker
  • shorts Body Glove Amphibious
  • collant Pantagonia Capilene 3 MW
  • pantalon
  • 2 bobettes propres
  • bas de laine de mérinos
  • 2 paires de bas de nylon
  • maillot de vélo
  • t-shirt
  • chemise
  • combine de polyester
  • veste de laine
  • gants Louis Garneau Biogel
  • casque Giro Indicator
  • souliers Shimano Mt23
  • chaussures Merrell Waterpro
  • lunettes polarisée SunCloud Sentry

Studio

  • téléphone Samsung Galaxy S3
  • caméra Fujifilm Finepix Z20FD
  • tablette Windows Surface RT
  • chargeur solaire

Camping

  • tente MEC TGV
  • sac de couchage The North Face Cat’s Meow
  • matelas McKinley Trail M25
  • réchaud MSR WhisperLite International
  • bouteilles de combustible MSR 591 mL
  • petit ensemble de cuisine en acier antiadhésif Outbound
  • ensemble d’ustensiles GSI Outdoors Halulite
  • purificateur d’eau à pompe
  • sac à eau Camelback Antidote 2L
  • bouteille à eau Nalgene 2L
  • navigateur GPS Garmin eTrex 20
  • trousse de premiers soins avec Vaseline
  • serviette en microfibre Rothco

Total de la charge des bagages : 22 kg

Je retiens de cette démarche que l’important est de se sentir à l’aise avec le matériel qu’on décide de prendre avec soi. Toutes les listes que j’ai pu trouver comprenaient toujours les mêmes items de base avec des compléments différents selon le niveau de confort recherché par le cyclotouriste et son expérience sur la route.

Je crois que les éléments listés plus haut sont le minimum nécessaire à mon confort – qui selon mon entourage à des critères très limités ! En cours de route, certains morceaux seront peut-être mis de côté et d’autres ajoutés. La liste sera mis à jour pour les intéressé/es.

Pour terminer, je vous laisse avec une piste de réflexion qui vous aidera peut-être à préparer votre valise lors de votre prochain départ :

« Un sac trop lourd est un sac chargé d’angoisse. »

Sigmund Freud

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Jacquot est chargé. C’est deux fois son poids qu’il devra porter en bagage. Sans compter le poids de son moteur organique !

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Prochaine date de tombée : 2015/07/25 – Itinéraire

Solo-Vélo-Canada

MONTRÉAL, QC — 2015/07/11

Ça fait des années que l’idée germe dans ma tête : un voyage sur une longue distance pour aller à la rencontre des gens et en apprendre plus. Plus sur les gens, plus sur le monde, plus sur moi.

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Le projet a pris plusieurs formes qui ont changé et se sont modifiées avec le temps qui passait. J’ai voulu visiter et travailler dans les vieux pays avec mon sac sur le dos, traverser le globe pour apprendre à surfer les vagues australiennes, faire le tour du Québec et des communautés autochtones sur le pouce, descendre rendre visite à des amis Péruviens à vélo.

Toujours cette idée de parcourir du territoire et d’aller vers les gens pour modifier ma perspective et vivre des expériences à raconter.

Mais je ne suis jamais parti. Soit je me laissais rattraper par le mode de vie sédentaire (avec ses longues années d’étude, sa recherche maladive de stabilité/sécurité, sa capacité à nous faire accumuler les possessions matérielles qui nous découragent à trop se promener), soit je me dégonflais et me sabotais quelques mois avant le départ prévu.

Avec un peu de recul, je me rends compte que j’ai rêvé ces projets en solitaire à chaque fois. J’en parlais très peu à mon entourage et je recevais mal les inquiétudes et questionnements de ce dernier quand je le faisais. Je finissais par intégrer leur remise en question ce qui empoisonnait mon désir de partir à l’aventure. Comme à mon habitude, je faisais primer les préoccupations et conceptions des autres sur mes propres idéaux et aspirations.

Jusqu’à une nuit l’automne dernier où, ivre de festivités, d’alcool et de passion, pour combler le silence rempli de malaise qui précède l’entrée dans sa chambre, j’ai laissé échapper l’idée de voyage qui me trottait dans la tête à mon hôtesse.

« C’est cool ! Si c’est c’qui te tente, tu devrais l’faire ! », m’a-t-elle répondu en souriant.

Je ne sais pas si c’est l’inhibition due à mon intoxication, l’alignement des astres dans l’univers ou la réponse un peu détachée de cette voyageuse déjà aguerrie – peut-être un mélange des trois – mais c’est à ce moment précis que je l’ai réalisé : si je ressens le besoin de voyager, la seule approbation qui compte, c’est la mienne.

Ça m’a fait un bien inouï d’en prendre conscience ! Une libération face au regard et attentes extérieurs. Une réappropriation de mes trippes, que j’entendais clairement pour une première fois. Un LEVEL UP dans le jeu vidéo de la vie.

Donc je pars ! Le projet ? Emprunter les voies cyclables pour faire le trajet de Vancouver jusqu’à Montréal sur ma monture.

2014-10-19 Estrie (2)

Jacquot lors de sa première longue sorti à l’automne dernier : aller-retour Brossard-Sherbrooke en un weekend

Cette fois, ce n’est pas qu’une belle idée romantique que je traîne dans l’arrière boutique de ma boîte à poux.

Depuis cette nuit-là, j’ai été chercher l’aide d’une kinésiologue pour me préparer physiquement, j’ai quitté mon emploi pour me laisser le loisir de prendre le temps nécessaire au trajet, je me suis équipé pour un voyage longue durée à vélo, j’ai lu tout ce que j’ai pu trouver sur des expériences similaires et j’ai planifié un itinéraire en trois mois.

Plus j’en parlais et je me mettais en action, plus je sentais la motivation grandir en moi. Et plus la motivation prenait sa place, plus je sentais le support et l’encouragement de mon entourage.

C’est pourquoi je t’invite toi, lecteur/rice, à suivre le périple !

Sous le thème Solo-Vélo-Canada, je te propose une série de textes hebdomadaires qui raconteront mon aventure tout au long des 5 300 kilomètres que je pédalerai. Le tout agrémenté de photos et d’anecdotes cocasses propre à ma plume !

Au plaisir de te savoir au rendez-vous !

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Prochaine date de tombée : 2015/07/18 – Équipement